Vague

Elle aime se promener le long de la plage
Robe blanche et chapeau de paille à la main
Un visage rayonnant, elle n’a pas d’âge
Ses yeux gris-vert me transforment en gamin

Les pieds dans l’eau, elle regarde les vagues
Sa chevelure se laisse emporter par le vent
Devant elle un gravelot à collier zigzague
C’est un endroit bucolique et charmant

Son corps de sportive attire mon regard
Comme pour écraser une vague du pied
Elle avance là où il n’y a pas de rempart
Repoussant l’écume comme pour la défier
 
Je la suis en espérant qu’elle se retourne
Le vague à l’âme je contemple ses courbes
Mes yeux la caressent et ma tête tourne
J’avais peur que cette illusion m’embourbe
 
Elle avance lentement sur cette grève
Sans remord les vagues effacent ses traces
J’espère que la brise sous sa robe la relève
Situation incongrue et risque de disgrâce
 
Un peu plus loin nos regards se croisèrent
Sans hésiter me lança le plus beau sourire
Telle Mélusine me transforma en pierre
Mon air surpris, stupide ne peut se décrire
 
Je m’appelle Claire, soudain me lança t’elle
Comment répondre quand on est momifié
Elle a déclenché en moi cette ritournelle
Qui jusqu’à présent me laisse émerveillé

Instant bref

 Assise sur la plage elle regarde la mer
Les vagues furieuses crachent l’écume
Cherche t’elle à en découvrir le mystère
Ou bien cherche t’elle le roi Neptune
 
Elle balance sa tête de droite à gauche
Pourtant à l’horizon il n’y a personne
Je ne sais pas si elle est jolie ou moche
Il n’y a que les clapotis qui résonnent
 
Soudainement elle s’est mise à rigoler
Je n’arrive pas à déterminer pourquoi
Certainement histoire de me narguer
Me suis dit c’est du n’importe quoi
 
J’aurai bien essayé de la cajoler
De m’approcher un peu plus près
La mouette rieuse s’est envolée
Et rejoint la cime d’un cyprès

Requiem de l’eau

Ce devait être un grand jour de pluie
Aujourd’hui pauvre ciel je te maudis
Pas une goutte ou nuage à l’horizon
Pourtant cette pluie nous l’attendons

Dans nos rivières c’est évaporation
Dans tous nos regards consternation
Certaines prêtes à être asséchées
Allons voir, les poissons vont crever 

Et si demain cela devait continuer
Serions-nous prêts à le supporter
De quoi allons-nous nous nourrir
Au risque de se regarder mourir

Ce climat que nous avons perturbé
Ce bouleversement tellement ignoré
Au pied du mur qu’allons-nous faire
Est-ce une raison pour se taire 

Plus aucune culture, tout est sec
Même chose là-bas au Québec
Mes réserves d’eau sont épuisées
Aucune source pour les remplacer
 
Je regarde le ciel, mes yeux sèchent
Je pense à mes amis dans l’Ardèche
Leur situation est surement pire
Nous avons l’air, alors on respire 

Et si les pôles venaient à fondre
Resterions-nous à nous morfondre
Il sera impossible d’empêcher la mer
De monter et d’envahir nos terres
 
Ou allons-nous trouver l’eau douce
Il n’y aura plus aucune source
Certains ne penseront qu’à prier
D’autres à invoquer des sorciers

C’est sûr, ce sera un sacré merdier
L’eau c’est quelque chose de singulier
Dans ma cave des bouteilles de vin
Ce sera mon eau du jourdain