J'aimerai

J’aimerai gravir la plus haute dune
Pour pouvoir caresser la lune
J’aimerai être le roi Neptune
Tout le sable serait ma fortune

J’aimerai qu’il n’y ait que des matins
Quand l’oiseau siffle ses refrains
J’aimerai que revive l’enchanteur Merlin
Blanche neige et les sept nains

J’aimerai embrasser les étoiles
Et les nuages j’en ferai des voiles
J’aimerai me coucher sur une toile
Que tout mon corps se dévoile

J’aimerai être un joyeux petit lutin
Caché dans une forêt de sapins
J’aimerai rester un galopin
Qu’on dise « méfie toi il est malin »

J’aimerai voir le jour sans contre-jour
Et transformer la lumière en amour
J’aimerai savoir jouer du tambour
Et parcourir le monde en troubadour

J’aimerai la colombine de colombin
Et la conserver dans un écrin
J’aimerai être un savarin
Et pouvoir laisser un goût divin

J’aimerai capturer les arcs-en-ciel
Hélas ! Ils sont immatériels
J’aimerai le regard aux reflets du ciel
Et les cheveux aux couleurs de miel

J’aimerai qu’il n’y ait pas de lendemain
Sans que tu me prennes la main
J’aimerai être sur le même chemin
Qu’il nous lie dans le même destin

J’aimerai tellement de belles choses
Que cette existence des fois m’indispose
J’aimerai terminer ma vie en apothéose
Avant que mon corps se décompose

Dis moi

Pourquoi la terre est-elle ronde
Et le monde si immonde
Pourquoi la bière est-elle blonde
Et l’entaille en queue-d’aronde

Pourquoi la mer nous inonde
Et les poules pondent
Pourquoi le Louvre à la Joconde
Et la femme si féconde

Pourquoi la marée est nauséabonde
Et la jalousie furibonde
Pourquoi y a-t-il des secondes
Et des gorges profondes

Pourquoi l’oiseau a des ailes
Et l’Afrique les gazelles
Pourquoi tu t’appelles Annabelle
Et la Sœur Emmanuelle

Pourquoi prier à l’autel
Et oublier l’existentiel
Pourquoi être si belle
Et devenir infidèle

Pourquoi être si émotionnelle
Et faire vibrer l’étincelle
Pourquoi oublier ta cervelle
Et ton désir immortel

Pourquoi écrire des poèmes
Et des mots que l’on sème
Pourquoi es-tu extrême
Et moi toujours le même

Pourquoi l’écusson est emblème
Et moi ton seul problème
Pourquoi le grain s’essaime
Et l’amour fait de même

Pourquoi ne sais tu pas dire je t’aime
Et tous les mots des dilemmes
Pourquoi n’es tu jamais la même
Et tous tes espoirs des anathèmes

Pourquoi y a-t-il des abattoirs
Et toi des pensées si noires
Pourquoi y a-t-il des baignoires
Et des voitures sans accessoires

Pourquoi faut-il boire
Accoudé à des comptoirs
Pourquoi rester dans le noir
Et se transformer en fumoir

Pourquoi certains perdent la mémoire
Et d’autres se remplissent de désespoir
Pourquoi y a-t-il des dépotoirs
Et certaines bouches des dévidoirs

Pourquoi aimer les exploits
Et être tellement maladroit
Pourquoi y a-t-il des rois
Et des clochards sans toit

Pourquoi tant de passe droit
Et de soutiens si étroits
Pourquoi prier Saint-Benoît
Et vouloir être albigeois

Pourquoi toujours une autrefois
Et n’avoir jamais la foi
Pourquoi tant de pourquoi
Oui pourquoi … dis moi

Un Ange

Il ne faisait que travailler
Enfermé dans sa boulange
Il t’a vu naître et crier
Soudain apparut un ange

Tu avais le regard bleu
Dans les cheveux une fontange
On ne voyait que tes yeux
Tu souriais aux anges

Tu ne faisais que séduire
De petits gestes étranges
Ta mère de s’épanouir
Elle regardait son ange

Ton nom fallait choisir
Il te prénomma Solange
Elle faillit s’évanouir
Et t’appela « Mon Ange »

Premier cri premier pleur
Elle changea tes langes
Refusant d’avoir peur
Tu étais aux anges

Tu étais toute sa fierté
Elle louait les archanges
De lui avoir un jour donné
Le plus beau des anges

Ta bouille fut immortalisée
Conservé comme un sporange
Tu étais belle à pleurer
Douce comme un ange

Douze mois de bonheur
Mais ce soir dans la grange
Tu fis leur malheur
Elle a perdu son ange

Elle fit dresser ce cénotaphe
Et dans un petit losange
On peut lire cette épitaphe
Ci-gît « Mon ange »

Vieille dédicace

Allongé devant la télé
Tu étais une guimauve
Les doigts dans le nez
T’étais pire qu’un fauve

Quand tu étais à table
Tu levais une fesse
Comme dans une étable
Tu lâchais une caisse

Putain que t’étais odieux
Je n’osais te regarder
Ca puait jusqu’aux yeux
Mes poumons allaient éclater

Quand y avait de la visite
Tu faisais le fanfaron
T’avais pas fumé de chiite
Mais t’étais le roi des cons

S’il fallait te décrire
Dans la banlieue on dirait
Ce mec il déchire
Le Picasso le plus abstrait

Des larmes t’as fait couler
De plaisir et de honte
Quand tu montrais ton dentier
De forme homodonte

Dans la connerie humaine
T’avais point de limite
Avec ta grosse bedaine
Faut pas que je t’imite

Tu avais dit un jour
Tu verras toi aussi
Mais j’ai fait le sourd
Sur tes mots me suis assis

On ressemble souvent à son père
Lui dans son slip kangourou
Mais moi je suis tout le contraire
Dans mon boxer porte-bijoux

Tout moua

Prêt à tous les calembours
Sans rire sans détour
J’use de tous les contours
Pour avoir ton amour

Oui je sais écrire
Me laisser découvrir
Le temps d’un sourire
Pour te conquérir

Je sais faire le loir
Du haut de mon perchoir
Jeter quelques espoirs
Juste pour te voir

Je sais t’amadouer
Les pièges les déjouer
Un peu pour jouer
Un peu pour engouer

Je ne suis pas racoleur
Beaucoup moqueur
Mais pas menteur
La main sur le cœur

A mes mots tu abdiqueras
A l’humour tu adhéreras
Des fois tu te vengeras
Mais toujours m’estimeras

Je suis un malin
Un vrai galopin
A parler popotin
Sans être vilain

Je ne fais que rigoler
Force est de constater
Qu’il y a quelques années
Un clown était né

Mon amour

Puisqu’il faut aimer, je vais t’aimer
Ne pas manquer à tous les devoirs
Puisqu’il faut t’aimer, je vais le crier
Tout le monde va s’en apercevoir

Tous mes interdits les déchirer
L’écrire à l’encre de mes larmes
Ton cœur le faire chavirer
T’envoûter de tous mes charmes

Je vais décrocher les nuages
Les glisser sous tes pas
Tu croiras à un mirage
De bonheur tu t’assoupiras

Je vais te rapprocher du soleil
Tu n’auras plus jamais froid
Rien ne sera plus pareil
C’est ma profession de foi

Je te verserai mon sang
Que tel un vampire
Tu vives en t’abreuvant
Pour ne jamais mourir

Je ferais de toi une déesse
Enfermée dans ta tour d’ivoire
Tu es déjà ma princesse
Il suffisait d’y croire

De l’autre coté de cette montagne
Jour après jour tu attendais
Que mon cœur te regagne
Tous les mots tu les abjurais

Je vais prendre tes deux mains
Y déposer délicatement mon cœur
Réinventer tous les mots latins
Et devenir ta douceur

Puisqu’il faudra un jour
Finir par se rencontrer
Comme des fous faire l’amour
Et ne plus se quitter

Je vais décrocher les étoiles
Pour tracer notre chemin
Qu’il n’y ait pas de voiles
Ni d’ombre dans ce destin

Je serai près de toi, en toi
Tous les doutes dispersés
Je serai ton mage, ton roi
Tes lèvres les caresser

Sur mon corps tu t’abandonneras
Quand cette fusion sera née
La vie s’arrêtera
Et la terre de tourner

A mon voisin

Je sais tu n’habites pas loin
Juste une route à traverser
Ton âge quatre-vingt et un
Et ton cœur plein de bonté

Tu n’as jamais hésité
En ouvrant tes volets
D’une main agitée
Heureux tu me saluais

Cela fait bien des années
A notre fête des voisins
Tu venais nous rencontrer
Et nous donner la main

Tu ne disais grand-chose
Mais tu aimais écouter
Regarder cette symbiose
Nous voir nous marrer

A chaque nouvelle saison
Fruits fleurs cultivés
Pour toi c’était un don
Tu venais nous les apporter

Hier dans un cri de douleur
Ton cœur s’en ait aller
Laissant ton corps sans chaleur
Et ton épouse bouleversée

Je sais, c’est notre destiné
Je ne verrai plus ta main
On se sent abandonné
Adieu l’ami, Adieu voisin

Jour d'hiver

Tombe la neige, par-ci par-là
Les flocons au dessus de moi
Dans une farandole d’émoi
Frôlent ma tête, mes pieds

Tu as blanchi les toits
Et la trace de mes pas
Dans ce paysage froid
Insulte cette beauté

Je pointe mon doigt
La tempe côté droit
Couillon je suis le roi
Te demandant d’arrêter

J’avoue je le conçois
A l’envers à l’endroit
Ce serait un exploit
Si ça devait marcher

Ce geste fort maladroit
Digne d’un gros gaulois
Ne doit en tout cas
Jamais être répété

Tombe la neige, de-ci de-là
Pour les petits c’est l’émoi
Pour nous le désarroi
Je retourne me coucher

Pour trois mots

Un rêve absurde a commencé
Dans une nuit très agitée
Un rêve détraqué s’est terminé
Dans un réveil consterné

Au fond de moi les mots cachés
Me narguaient jusqu’au nez
Ne voulant plus traverser
Un corps muet, résigné

Dans ce qui m’entoure, enfermé
Je ne voyais plus la beauté
De mes yeux boursouflés
D’avoir une nuit trop pleuré

Ton sourire ma caressé
Tes mots m’ont enchantés
Ta tendresse m’a bouleversé
J’étais là, les bras croisés

Rien dire ne pouvais rester
Ton pas je l’ai emboîté
Tes mots je les ai avalé
Mon cœur de se réchauffer

Il fallait me secouer, me transporter
Mes verbes, mes mots les retrouver
Renaître de ce corps trop fatigué
De n’avoir trop longtemps rien donné

Fébrile, mon regard c’est posé
Sur cette feuille blanche, immaculée
Il me fallait écrire, gribouiller
Une aide, un indice pour commencer

Alors trois mots je t’ai demandé
Bonheur, fut le premier donné
Chaleur, Plaisir furent nommés
Dans une attitude très étonnée

De ces mots un poème est né
Sans même devoir les utiliser
Juste pour devoir me justifier
Qu’aujourd’hui fallait recommencer

Je sais que tu vas apprécier, aimer
J’ai tellement besoin de te remercier
Que je me dois te le dire, te l’affirmer
Le livre de mon cœur ne sera plus fermé