L’ère du vers dans l’air

Ce n’est pas encore l’hiver
Les arbres sont toujours verts
Au sol les fruits ont des vers
Ils sont certainement amers
 
Quelqu’un a son anniversaire
C’est une fête très populaire
Quelqu’un marche de travers
Il n’a plus les idées très claires
 
Que devient le légionnaire
Noyé au fond de son verre
Ce n’est pas un mercenaire
C’est juste un pauvre hère
 
Et ces virus qui prolifèrent
Dans le pire effet délétère
Certains ça les indiffère
D’autres sont mortifères
 
Que faisons-nous sur terre
A part multiplier les guerres
Certains à la langue de vipère
Donnent des réponses lunaires
 
Dans un monde imaginaire
Comme d’un immense désert
Il n’y aura plus de matière
Troquant tout en mésosphère
 
Maintenant de quoi as-tu l’air
En ayant lu tous ces vers
Aurais-tu la tête à l’envers
Ou planes-tu dans ton univers
 
Et pour ne pas te laisser faire
Agiter la main d’un revers
Comme chasser ce mystère
Avant que tout dégénère
 
Mais si ta vie n’est pas sectaire
Regarde une fois en arrière
Tout ça n’est que littéraire
Un amas de mots et de vers

La Pica

En noir et blanc, elle nous observe
Quoi que vous fassiez elle le voit
Le coup tordu et sans aucune minerve
Elle scrute au loin tous les endroits

On dit qu’elle est du genre bavarde
Est-ce pour détourner l’attention
Méfiez-vous d’elle et prenez garde
Chaque instant dicte sa réaction
 
Elle sait bien se faire remarquer
Son cri strident ne nous échappe
Son œil perçant est pour traquer
Faire que personne ne la rattrape
 
Elle est intelligente cette voleuse
Elle serait du genre pas vu pas pris
Et dans une envolée audacieuse
Avec son butin rejoindra son abri

L’orchestre (autre chiste)

Paul c’est le violoniste
Il est loin d’être raciste
Il n’est même pas optimiste
 
Agathe c’est la violoncelliste
Elle se dit exhibitionniste
Le week-end elle est naturiste

Pierre c’est le trompettiste
Il est aussi paysagiste
Et un peu botaniste

Alphonse c’est le bassiste
Lui il est syndicaliste
Il n’est pas mondialiste
 
Jean c’est le clarinettiste
Jeune il était trotskiste
Maintenant il est royaliste
 
Jacques c’est le tromboniste
Il est assez protectionniste
Il est surtout perfectionniste
 
Henry c’est le percussionniste
Il voulait être parachutiste
Il ne peut, il est unijambiste
 
Albert c’est le guitariste
Mais il est aussi garagiste
C’est un sacré humoriste
 
Éric chef-d ’orchestre idéaliste
Il est très matérialiste
Avec eux il est humaniste
 
Une belle équipe pluraliste
Et cette musique futuriste
Nous rend assez hédoniste

Même chiste

Petite fille au regard triste
Est-ce d’un malheur ou caprice
Tu voulais devenir violoniste
Ou encore une trompettiste
Ta mère plutot simpliste
Dit, commence par standardiste
Ou alors deviens téléphoniste
Si ensuite tu es progressiste
Envisage de devenir fleuriste
Oublie d’être motocycliste
Tu risques de finir unijambiste
Ou encore devenir survivaliste
Au risque de finir terroriste
Tu pourrais devenir évangéliste
Sans pour autant être intégriste
Si tu aimes être naturaliste
Alors devenir botaniste
Dans un monde exhibitionniste
Tu serais certainement nudiste
Dans un monde moins protectionniste
Tu serais certainement fataliste
Ou pourrais devenir défaitiste
Certains diront reste minimaliste
D’autres au contraire maximaliste
Mais ne reste pas pessimiste
Petite fille au regard triste
Si la vie devient vaudevilliste
Alors sois-en la scénariste
Avant de finir chez le légiste

L'étang côté face

Une cigogne vint se poser sur l’étang
En mal d’amour cherchait compagne
Elle fit le tour trouvant le coin charmant
Surtout bien différent de la montagne
 
Pourtant au loin point de congénère
Elle trouva cela fort bizarre, inquiétant
Avait arboré un beau style vestimentaire
Mais on la prit pour un débutant
 
Alors de désespoir elle refit le tour
Prit un air des plus séduisant
Sur l’étang espérait trouver l’amour
Dans son plumage le plus élégant
 
Elle remarqua des rosiers sauvages
Etonnant et même très inhabituel
S’approcha voir si c’était un mirage
A cet endroit rien de surnaturel
 
Pourtant trouva l’endroit glauque
Pas de libellule, aucun insecte
Se dit, pas possible je débloque
Rien pour que je me délecte
 
Dans ces rosiers une grenouille
Qui faisait partie de ce récit
Gonflée comme une citrouille
Matait la cigogne d’un air noircit

Après des échanges tumultueux
La cigogne ne la supportant plus
D’un geste rapide et délictueux
L’avala goulument sans un salut
 
A l’étang de Saint-Martin-sur-Arve
Une cigogne prit son premier festin
Une grenouille mais pas de larves
Et trop seule, partit au petit matin

L'étang côté pile

Un matin de printemps, une grenouille
Dans cet étang, voulu devenir la reine
Sans faire d’histoire ni de magouille
Prendre aucun risque et sans peine
 
Commença par manger les moustiques
Puis se fut le tour de toutes les larves
Aucun souci, elle n’était pas allergique
Cela se passe à Saint-Martin-sur-Arve
 
Elle prit du poids la petite bougresse
Son volume en six mois quadrupla
Pour la sauterelle aucune finesse
Sans prévenir et sans remord l’avala
 
Elle disait à qui voulait l’entendre
Ici personne ne prendra ma place
Et mon domaine je vais l’étendre
Sur cet étang construire mon palace
 
De partout, insectes, chenilles accouraient
Ils arrivaient essoufflés, étonnés
Personne à cette histoire n’y croyait
Mal leur en a pris ils furent dévorés
 
Ce carnage attira une petite cigogne
Elle utilisa un langage un peu grossier
Dites-moi avant que je vous cogne
Grosse bedaine cachée dans les rosiers
 
De cet étang vous avez fait un désert
Juste pour vous rassasier et vous goinfrer
Pour chaque insecte avez remis le couvert
Sans qu’ils aient pu un peu s’acclimater
 
La grenouille sans se démonter lui dit
Dégage de mon domaine tas de plumes
Oiseau de malheur ici t’es maudit
La voix pleine de rage la bouche d’écume

Ici il n’y a que moi qui habite et chasse
Il n’y a pas de place pour toi l’emplumée
Devant mes yeux débarrasse ta carcasse
Ou ton bulletin de naissance tu vas avaler
 
Alors dans la fraicheur de cette matinée
Un ‘ Clac ‘, une seule fois, se fit entendre
La cigogne venait de manger, de se régaler
De ce petit festin qu’elle prit sans attendre
 
Ce soir à l’étang de Saint-Martin-sur-Arve
Sont revenus les mouches, les libellules
Et maintenant il y a aussi plein de larves
Dans la quiétude ce petit monde pullule

Elle

Elle se disait excentrique
Avec sa taille moustique
D’un air plutôt lubrique
 
Elle se disait contemplative
En regardant les deux rives
D’un air surtout à la dérive
 
Elle se disait impressionnée
En regardant le neige tomber
D’un air un peu éberlué
 
Elle se disait romantique
En chantant des cantiques
D’un air pas catholique
 
Elle se disait instinctive
En lisant des missives
D’un air sans alternative
 
Elle se disait aménorrhée
Et même un peu asexuée
D’un air plutôt attardé
 
Si vous n’êtes pas alcoolique
Mais d’une santé cognitive
Si vous la croisez « fuyez »

La bête

Un homme courait sur le chemin
En criant avez-vous vu la bête
Muni d’un fusil dans la main
Et criant, criant à tue-tête
 
Derrière lui les femmes hurlaient
On a vu la bête du Gévaudan
De fatigue elles haletaient
Et il montrait toutes ses dents

Mais ce n’est qu’un pauvre loup
Siffla percher un petit merle
Vous allez vous rompre le coup
Malgré cela la foule déferle
 
Et puis retenti un coup de feu
Point de Gévaudan point de loup
On entendit un « cessez-le-feu »
Et l’homme de se rompre le coup
 
Avait eu cette poussée d’adrénaline
Croyant voir la bête du Gévaudan
Mais le pied prit dans une racine
Mis fin lui éclatant toutes ses dents
 
La petite moralité de cette histoire
Evite de mettre des claquettes
Pour ne pas finir en ambulatoire
Quand tu courts sans tes lunettes